Partir en Antarctique est un rêve qui semble appartenir à l'époque des explorateurs...

Ma facination pour cette terre lointaine est née au début des mes études d'océanographie. Je ne savais rien de ce continent, c’était alors pour moi une masse de glace "au pole sud" tout au plus. J'appris des fragments incroyables de sa géographie, de sa faune, de son océan circumpolaire et de son histoire moderne. Séjourner la bas reste depuis les premiers baleiniers et jusqu’aux scientifiques de nos jours une aventure qui marque une vie.

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Quelques années plus tard, j’ai eu l'opportunité de partir. D'aller voir de mes propres yeux ce paradis glacé. Je partais pour quelques semaines, un mois tout au plus faire des mesures de température de l'océan à bord du bateau ravitailleur français, l’Astrolabe. Nous étions deux océanographes à bord, ma binôme (aussi connue sous le nom de « Patate » ) et moi. Le reste des occupants du bateau était constitué de l’équipage et de scientifiques et techniciens en route pour l’été austral (les campagnards) ou une année complète (les hivernants) sur la base de Dumont D’Urville.

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Le départ s’effectue de Hobart, au sud de la Tasmanie. Les premières journées à bord sont les plus difficiles. Il s’agit pour nous scientifiques, de nos journées de travail. Elles sont accompagnées d’un amarinage plus ou moins réussi. Pour ma part, le temps est passé lentement, terriblement lentement. Le bateau remue énormément et il faut courir entre la passerelle, le pont arrière et la cale du bateau pour faire nos mesures. Pourtant je n’en garde que très peu de souvenirs, puisque tout cela valait le coup. Passé les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants, l’apparition des icebergs se fait dans le calme. Tout à coup, sans prévenir la mer devient d’ huile, le soleil d’été se dévoile, la vue du pont est magique.

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L'Astrolabe doit maintenant rejoindre au plus vite la base Dumont D’Urville (66º39’ Sud et 140º00’ Est) pour débarquer campagnards, hivernants et leur materiel. Nous naviguons entre glace de mer et icebergs. La glace de mer fait tout au plus quelques mètres d’épaisseur et commence à se disloquer an ce début d'été austral. Les icebergs eux proviennent des glaciers du continent et peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de haut. L' Astrolabe longe leurs murs de glaces.

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Le bateau redoute surtout de se retrouver dans une glace de mer trop épaisse. Un brise glace tel que l’Astrolabe ne peut passer au travers de plus d’un mètre et demi d’épaisseur. Certaines missions restent bloquées des semaines dans les glaces. Nous sommes restés plusieurs jours à naviguer dans ce labyrinthe qui se forme et se déforme en fonction des vents et des courants marins. L’apparition de plus en plus fréquente d’oiseaux et de mammifères marins nous annonce la proximité du contient. Nous voyons albatros, fulmar, petrels, phoques, manchots, rorquals, orques etc ...

Les jours s’allongent, nous sommes fin décembre. La nouvelle circule enfin dans tout le bateau et me sort de ma bannette. Le continent est la. Les cirrocumulus se reflètent sur la mer qui semble immobile. Mes yeux se plissent. On admire la calotte polaire qui couvre le contient Antarctique droit devant nous au sud. Elle s’étend au delà de notre vue à bâbord et à tribord.

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Malgré tous les efforts de l’équipage, il reste 7km infranchissables entre le bateau et la base. Le débarquement ainsi que le déchargement du materiel se feront en hélicoptère. Les « Manip » en hélicoptère dureront 5 jours, ce qui nous laissera le temps d’explorer. Nous découvrons la base, les hivernants de la TA62 et la manchotière des Adélies sou

s nos fenêtres. Notre arrivée met un terme à l’hivernage des 25 habitants éphémères de la base. D'autres nous rejoignent de l'intérieur du continent. Nous sommes 70 à table pour Noël.







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La vie sur la base est structurée autour des repas pour garder un rythme malgré le soleil qui ne se couche jamais. Les stores du réfectoire sont baissés au moment du diner, pour créer l’ illusion.  Le spectacle dehors est pourtant a couper le souffle. Les ombres s’allongent. La lumière est jaune, les ombres sont bleues. Il est 2h du matin le 25 décembre, les manchots Adélies sont calmes.

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Les longues journées de déchargement nous permettent de nous promener sur la banquise: la glace de mer encore solidement formée. Nous laissons les derniers empereurs curieux s'approcher de nous. Ils sont encore trop jeunes et ne partiront que lorsque leur duvet gris aura laissé place à un plumage noir et blanc qui leur permettra de glisser dans l’eau. La glace torturée du glacier de l’Astrolabe veille sur ces jeunes.

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Notre seul devoir est de les laisser vivre en paix, de ne jamais trop s’approcher. Il en va de même du continent, nous nous devons de ne pas laisser de trace. Pourtant les mesures effectuées nous montrent les traces de pollution appartenant à la civilisation humaine que les courants atmosphériques et marins ont apportés jusque la.

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Je mesure la chance d'avoir pu admirer ce paradis d'aussi près. C'est un voyage qui ouvre l'esprit à la humilté que nous humains devont avoir face à la Nature. Il révèle aussi l'ambiguïté entre notre instinct de protection de cette Nature et notre désir de découverte. Le tourisme en Antarctique est encore lourd de conséquences. Comment voyager sans impacter ces paradis?

L' Antarctique est fragile. La Terre est fragile. Protégeons ses paradis et ses habitants.

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Je salue le programme franco-australien SURVOSTRAL qui mesure depuis 1990 la température de l'océan circumpolaire Antarctique. Ces données précieuses permettent aux scientifiques de suivre au plus près l'état de santé de notre planète. Je remercie ce programme de m'avoir permis d'y participer.


Audrey Hasson